Eléments constitutifs de l’intervention à l’AG de la FEDEVACO (Rolle, 16 novembre 2011)

« L’humanisme est une vision, un programme, un projet toujours inachevé .
Il est de notre devoir en tant que responsable politique d’y prendre part et de transmettre le flambeau. »

Denys Jaquet – Nov 2011

De la Chine dans notre futur.
D’après le célèbre confucianiste Meng Ke, connu sous le nom de Mencius [372 – 289 av. J.-C.], l’homme possède quatre sentiments innés, tout comme il possède quatre membres. « La compassion est le commencement de la bienveillance, la honte est le commencement de la droiture, la modestie est le commencement du respect, le discernement entre le bien et le mal est le commencement de la sagesse. » Ces quatre sentiments différencient l’homme de l’animal, et ce n’est qu’en intégrant leur développement que l’homme peut réellement être considéré comme humain.
Les doctrines de Confucius et de Mencius ont constitué la pierre angulaire de la culture traditionnelle chinoise pendant des millénaires et restent dominantes aujourd’hui encore. Selon certains penseurs, c’est sous l’influence du confucianisme que les philosophes des Lumières du 18e siècle ont édifié la monumentale Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
La substance du nouvel humanisme ne peut être qu’enrichie avec les ingrédients de la culture chinoise. Avec l’évolution à grande vitesse de la société humaine, la construction d’un monde harmonieux, qui est depuis longtemps l’idéal universel de l’humanité, appelle à l’émergence du nouvel humanisme.

Liu Ji est président honoraire de la CEIBS (China Europe International Business School) et ancien vice-président de l’Académie chinoise des sciences sociales.
Adapté du discours « Embrace the Era of New Humanism » prononcé par Liu Ji lors du 9e Forum euro-chinois organisé les 27 et 28 juin au siège de l’UNESCO.

De l’Islam dans notre futur

L’humanisme n’est pas né dans l’Europe des 15e et 16e siècles. Cette période, dite de la Renaissance, a été l’un des moments de la longue histoire de l’humanisme, commencée deux mille ans plus tôt à Athènes et poursuivie durant l’Âge d’or de l’islam, entre les 9e et 12e siècles.
Les hommes de la Renaissance se sont explicitement référés à l’héritage de la Grèce ancienne, qu’ils ont réhabilitée et prise pour modèle. Mais ils ont voulu oublier le moment musulman de l’histoire de l’humanisme.

Au 9e siècle, à Bagdad, sous la dynastie des Abbassides, l’Islam est alors un empire immense, puissant et prospère, regroupant une multitude de populations, de religions et de cultures différentes. Sa capitale, Bagdad, compte un million d’habitants, alors que Rome en compte 30 000 et Lutèce à peine 10 000. La confiance règne en affaires, au point qu’une traite signée aux confins de l’Inde est respectée jusqu’au Maroc.

Les Falasifa (philosophes), poursuivent une démarche encyclopédiste, visant à embrasser toutes les sphères de la connaissance. Réhabilitant les disciplines profanes inaugurées par les Grecs – médecine, mathématique, astronomie, pharmacologie –, ils étudient la nature en soi, et non la nature comme témoin de la toute-puissance divine.

Les défaites militaires face aux Croisés autour de Jérusalem et face aux rois catholiques en Andalousie, puis les invasions mongoles mettront un terme à cet âge d’or.

Cependant, leurs oeuvres traduites de l’arabe au latin, seront enseignées dans toutes les universités européennes. Elles irrigueront, pendant plusieurs siècles, les grands débats qui déboucheront sur la pensée de la Renaissance.

Mahmoud Hussein est politologue et islamologue egyptien.
Dernier ouvrage paru : Penser le Coran. Folio Essais,
Gallimard. 2011.

Vers un humanisme nouveau
Ce que l’homme occidental appelle depuis quatre siècles humanisme, c’est l’ambition de se rendre maître de lui-même et de l’univers par l’exercice de son activité intellectuelle isolée du reste de sa vie. […] Ce qu’il a appelé le domaine de l’homme complet, c’est la prise en considération du monde entier par l’homme réduit à une partie de lui même.
Il faut revenir de cette erreur pour corriger l’humanisme et pour l’élargir.
Mais le mouvement nécessaire aujourd’hui est de libérer la vie de l’esprit des limites où l’esprit occidental l’a longtemps tenue captive.
L’humanisme nouveau sera celui où les méthodes de conduite et de travail que l’intelligence occidentale a su acquérir sauront s’appliquer à la redécouverte de domaines spirituels longtemps désertés.
L’intelligence alors, au lieu de faire courir à l’homme les risques qui découlent de ses présomptions et de ses usurpations, n’aura pas trop de toute sa vivacité et de toute sa force pour servir la cause de l’homme vraiment complet cette fois : non pas de l’homme dévié dans le matériel par le cérébral, mais l’homme uni, corps et âme, pour affronter son mystère par sa conscience.

Nous croyons que si cet humanisme-là venait à s’établir, l’Orient et l’Occident verraient s’effacer beaucoup de ce qui les sépare, et apparaître tout ce qui les unit – et qui unit tout le genre humain.

Le document intégral, rédigé par l’écrivain français
André Rousseaux, peut être consulté aux archives
numériques de l’UNESCO :
www.unesco.org/new/unesco/resources/publicatio
ns/unesdoc-database/

Sept pistes pour l’avenir de l’humanité
Si, de nos jours, l’arbre vaut pour le bois qu’il produit, et l’animal pour la viande et le cuir
qu’il fournit, si la valeur s’est transformée en prix, c’est que le projet humaniste s’est dévoyé au fil des siècles, estime Cristovam Buarque. La prise en compte des défis planétaires est la condition première pour qu’émerge un nouvel humanisme fondé sur l’idée d’une modernité éthique.

Né de la fusion d’une pensée grecque revivifiée et de l’affirmation de la primauté de l’homme sur la Terre, l’humanisme tel qu’il est apparu à la Renaissance a érigé l’homme en être distinct du reste de la nature : à part et dominateur. Cette vision a non seulement triomphé, mais elle s’est trouvée renforcée par la toute-puissance de l’homme et les transformations que celui-ci a imprimées à la nature.

L’avenir incertain de notre planète nous impose de repenser le projet humaniste qui devrait, de mon point de vue, reposer sur sept piliers.

  • Promouvoir une politique planétaire
  • Respecter la diversité des cultures
  • Mieux protéger l’environnement
  • Valoriser une production maîtrisée par l’homme
  • Intégrer par l’éducation
  • Affirmer la modernité éthique

Sénateur et professeur de l’université de Brasilia, Cristovam Buarque a été ministre de l’Education en 2003. Il a consacre sa vie politique notamment a la lutte en faveur de l’alphabétisation, de la mise en oeuvre d’une reforme agraire, de l’amélioration du système de sante brésilien et de l’amélioration des conditions de l’emploi au Brésil.

Dès le Sommet de Rio en 1992, il a fait l’objet du chapitre 2 de l’Agenda 21 de Rio :

“Afin de relever les défis que représentent l’environnement et le développement, les États ont décidé d’établir un nouveau partenariat mondial, qui exige que tous les États poursuivent un dialogue constructif, inspiré par la nécessité de rendre l’économie mondiale plus efficace et plus équitable, compte tenu de l’interdépendance croissante de la communauté des nations et de la nécessité de donner la priorité au développement durable dans le programme d’action de la communauté internationale.

Il est reconnu que, pour assurer le succès de ce nouveau partenariat, il est important de surmonter les affrontements et de promouvoir un climat de coopération et de solidarité véritable. Il est également essentiel de renforcer les politiques nationales et internationales et la coopération afin de s’adapter aux nouvelles réalités”.