Catégorie : MILITAIRE

La prolifération des armes atomiques

La prolifération des armes atomiques

par le lieutenant Denys Jaquet

La RMS publie volontiers cet envoi d’un jeune officier: Par sa façon directe, il constitue un indice de ce que la nouvelle génération ressent face au problème nucléaire.

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Le soleil disparaissait derrière l’horizon, et une journée étouffante se terminait. Peu à peu, un silence s’installait à travers la steppe aride, bordée de hautes falaises jaune ocre, dont les ombres portées accentuaient l’effet chaotique du paysage. Marchant lourdement, arc-bouté sur lui-même, rongé par la faim qui le tenaillait depuis plusieurs jours, le primate cessa brusquement sa lente progression. Longtemps, il resta immobile, fixant du regard une roche aux arêtes tranchantes, enfouie dans le sable fin. Puis de ses doigts malhabiles, il saisit la pierre et soudain, avec la force qu’unissent la colère et le désespoir, il projeta contre la paroi l’objet qui éclata en mille morceaux. Dans ses yeux, une lueur étrange se mit à briller.
D’un seul geste, il avait compris que, désormais, il ne serait plus jamais le même. Il devenait enfin le maître d’une lutte qui, depuis l’aube des temps, l’avait opposé pour sa survie aux autres espèces. L’arme était née, et avec elle, le guerrier.

Au cours des millénaires qui suivront, il est difficile de dire si l’arme a fait évoluer le guerrier, ou si le guerrier a fait évoluer l’arme. La première hypothèse nous rassurerait, mais elle demeure très utopique. La seconde nous fait peur, mais elle est plus réaliste.

Dans l’immense équation de la guerre et des hommes, les données fondamentales ont bien changé. Il y a 14 millions d’années, l’homme brisait à peine deux roches l’une contre l’autre; aujourd’hui, il est capable de pulvériser la planète entière. L’arme vit toujours et avec elle le guerrier.

Symphonie pour une bombe
Fille maudite de la physique, la bombe atomique est devenue, au vingtième siècle, l’arme par excellence. En 1944, elle n’existait pas; aujourd’hui, par milliers, elle remplit les arsenaux de plusieurs pays. Il y a peu d’années, cette arme ne pouvait être transportée que par des bombardiers. Actuellement, elle l’est sous toutes les formes: missiles balistiques intercontinentaux, missiles balistiques lancés par sous-marins, missiles balistiques à courte portée, à moyenne portée ou à portée intermédiaire ou encore à trajectoire basse, à trajectoire haute. Il existe des systèmes de bombardement orbital, des bombes tactiques à chute libre, des bombes stratégiques à chute libre, des missiles sol-air, des missiles air-air, des missiles air-sol, des obus pour l’artillerie navale, des obus pour l’artillerie terrestre, des projectiles de mortier, des torpilles, des torpilles fusées, des charges anti-sous-marines, des explosifs, des mines de démolition, des mines marines, des missiles anti balistiques et bien d’autres encore.
Tous ces systèmes sont à la pointe de la technologie humaine et ils se perfectionnent sans cesse. Certains missiles stratégiques sont actuellement équipés d’ogives multiples séparément guidées et de très grande précision. Un missile contenant plusieurs charges thermonucléaires est capable de leur faire atteindre des cibles à plus de 10000 km et avec une précision de quelques dizaines de mètres.
L’affinage de ces armes n’en a pas limité la quantité; il en existe des milliers dans le monde entier. Leur pouvoir explosif défie toute imagination, on l’évalue à près de 800 millions de tonnes de TNT, 60000 fois Hiroshima. Dans la seule Europe, les USA et l’URSS se font face avec plus de dix mille armes nucléaires dites tactiques. L’utilisation de celles-ci raserait à jamais le continent.

L’article complet paru dans la Revue Militaire Suisse en 1979


La bombe à neutrons mérite-t-elle vraiment d’être une vedette de l’actualité?

La bombe à neutrons mérite-t-elle vraiment d’être une vedette de l’actualité?

Autor(en): Jaquet, Denis
Objekttyp: Article
Zeitschrift: Revue Militaire Suisse
Band (Jahr): 127 (1982)
Heft 11
bombe
Explosion nucléaire à Mururoa le 3 juillet 1970 (Tir Licorne, 1 MT).

Née de l’imagination voici plus de trente ans, la bombe à neutrons ou bombe à radiation renforcée, dont le premier essai aurait eu lieu en 1958 au large de Johnston dans le Pacifique, n’a jamais fait autant de bruit que ces derniers mois.
Bombe tueuse et capitaliste pour certains, véritable arme miracle capable de dissuader tout agresseur pour d’autres, elle ne mérite sans doute ni cet excès d’indignation, ni cet éloge d’efficacité.

Neutrons

  • Rayonnement ayant une longueur de parcours très grande. Les neutrons ne sont pratiquement pas ralentis dans l’air. Ils pénètrent profondément dans l’organisme où ils sont ralentis en provoquant des dégâts biologiques importants.

Historique
Issue de recherches faites aux USA, en URSS et en France, la bombe N est dans le domaine des armes nucléaires le résultat d’une réelle mutation engagée dès la fin des années 1960.
En effet, la course au développement et la mise au point d’engins n’avait été jusqu’alors axée que sur la puissance et le gigantisme. De l’énergie de 20 kt «équivalent TNT» dégagée par la bombe A d’Hiroshima, on était rapidement passé à 200 kt, puis à 800 kt, pour parvenir enfin à la bombe H mégatonnique capable d’anéantir une super-grande ville.
Très vite, le pouvoir destructeur de ces armes interdit leur utilisation sur le champ de bataille, conduisant à la stratégie de dissuasion, à l’équilibre de la terreur (aucun pays n’osant déclencher le feu nucléaire sans risquer son propre anéantissement). Alors, un étrange sentiment de malaise se mit à envahir peu à peu les stratèges. Devant le statu quo que représentait le pouvoir destructeur de ces armes, ainsi que l’incertitude dans laquelle leurs manipulations pouvaient entraîner l’humanité, le concept de dissuasion ne perdait-il pas une grande partie de son sens? Ne fallait-il pas renoncer à l’arme nucléaire pour repousser un agresseur? Non bien sûr, et l’on se tourna vers la fabrication d’armes nucléaires dites «tactiques», de faible puissance et aux effets mesurés.
Depuis 1970, toute une panoplie de bombes nucléaires spécifiques est en train de naître, présentant un effet prioritaire parmi les cinq initialement développés par la bombe standard d’Hiroshima : effet de choc, effet incendiaire, irradiation électro-magnétique, irradiation neutronique et radioactivité résiduelle.

Article complet paru dans la Revue Militaire Suisse 1982